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Pangasius : mythes et réalités.

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Ce qui suit est extrait de l'article publié par par Lionel Dabbadie et Jérôme Lazard sur le site AQUATROP

 

Ces extraits font référence à une émission proposée par M6 au sujet du Pangasius et a fait l'objet d'une discussion sur un site de cuisine très connu. 

 

Lionel Dabbadie et Jérôme Lazard :
Pangasius: mythes et réalités.
Commentaires sur le reportage diffusé le 29 octobre 2006 dans l'émission Capital de M6 , « Panga : enquête sur le poisson à prix cassé » de Christophe Brûlé, Eric Nappi, Florent Blanchard, Isabelle Laporte

Longtemps, le consommateur européen a fait confiance aux pouvoirs publics pour garantir la sûreté de ses aliments. Et puis les crises sont arrivées : veau aux hormones, vache folle, dioxine, OGM etc. Depuis, le consommateur est inquiet et s'interroge : peut-il encore faire confiance aux gouvernements pour le protéger au niveau alimentaire ? Peut-il encore se nourrir sans risque ?

Surfant sur cette vague d'inquiétudes, les médias s'intéressent de plus en plus à ce thème. L'intention est fort louable quand il s'agit d'informer ainsi que le font de nombreux médias. France 5 et « Les films d'ici » ont par exemple coproduit un excellent documentaire de Stéphane Druais sur les enjeux et paradoxes de l'aquaculture et de la pêche (« Quel poisson pour demain ? »). Malheureusement, dans le même temps, d'autres se complaisent dans un sensationnalisme créé de toute pièce. La diffusion du reportage « Panga : enquête sur le poisson à prix cassé » (M6, 29/10/06) a suscité un certain émoi sur Internet et au delà, car les informations divulguées ont semblé remettre en cause la sécurité sanitaire de ce « nouveau » poisson. Après la diffusion de cette émission, le gouvernement français a même été questionné sur ce sujet à l'Assemblée nationale ( question 111889 de M. Dominique Paillé ).


Question N° : 111889

Ministère interrogé : agriculture et pêche.

Texte de la QUESTION :


Citation:
M. Dominique Paillé attire l'attention de M. le ministre de l'agriculture et de la pêche sur ses préoccupations concernant les conditions d'exploitation, d'importation et de commercialisation du pangasius. Le pangasius, poisson d'eau douce d'élevage dont l'essentiel de la production provient de l'Asie du Sud-Est, a envahi de manière récente, depuis quelques mois, les étals de nos marchés et grandes surfaces, à des prix particulièrement bas. Cependant, des interrogations se font jour sur les conditions d'alimentation de ce poisson et du respect des normes d'hygiène et sanitaires, notamment quant à l'utilisation de certains antibiotiques. Par ailleurs, ses conditions de transport et de commercialisation laissent apparaître des doutes quant au respect de la chaîne du froid. Les très récents reportages diffusés sur certaines chaînes de télévision ne font que conforter les inquiétudes de nombreux consommateurs et professionnels. Aussi il lui demande si des mesures de contrôle ont été réalisées sur toutes les étapes de la filière, afin de vérifier toutes les conditions de sécurité alimentaire et de mise sur le marché de ce poisson ; à défaut, il le remercie de lui préciser ses intentions afin de rassurer les consommateurs et professionnels, en manque d'information sur cette espèce.


Texte de la REPONSE

Citation:

Le pangasius appartient à la famille des poissons-chats présents en Asie. L'exportation de filets congelés de ces poissons s'est fortement développée ces dernières années. Vendue à prix modique, la chair de ces poissons, dépourvue d'arêtes, ayant une texture fondante et un goût peu prononcé, intéresse le consommateur. L'importation de produits de la pêche de pays tiers dans l'Union européenne est strictement réglementée. Le pays producteur doit être autorisé à exporter par la Commission européenne. Les élevages sont contrôlés par les autorités locales et font l'objet de plans de contrôles permettant de s'assurer que les poissons n'ont pas été produits avec des substances ou médicaments vétérinaires interdits dans l'Union européenne. Ces plans et leurs résultats sont soumis chaque année à l'approbation de la Commission européenne et des États membres. Les établissements manipulant ces produits pour leur mise en filets sont soumis aux mêmes règles sanitaires que les établissements européens, et aux mêmes inspections de l'office alimentaire et vétérinaire de la Commission européenne. Ces établissements, pour être agréés dans le but d'exporter leurs produits vers l'Union européenne, doivent également avoir mis en place un plan de maîtrise des risques incluant des auto-contrôles réguliers. À l'importation, ces denrées sont soumises à des contrôles très stricts de leur conformité tant physique que documentaire. Les conditions de transport et le respect des températures sont également contrôlés. Un plan d'analyses spécifique aux denrées introduites par les postes d'inspection frontaliers (PIF) leur est appliqué. En cas de non-conformité, les lots sont refoulés ou font l'objet d'un retrait s'ils ont été mis sur le marché. Ils font également l'objet d'une alerte communautaire avec mise sous contrôle renforcé de l'établissement d'origine : tous les lots ultérieurs de la même origine font ainsi l'objet de contrôles libératoires quel que soit le point d'entrée communautaire. Au plan national, ces poissons importés sont soumis, au même titre que l'ensemble des produits de la pêche mis sur le marché, à un plan de surveillance annuel des contaminants chimiques. Ils peuvent également faire l'objet de contrôles par les services vétérinaires et les services de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes à l'occasion des contrôles particuliers prévus des fêtes de fin d'année ou pendant les vacances d'été. Les conditions de conservation, de transport et de présentation au consommateur des produits de la pêche, sont régulièrement contrôlées. Au total, si, en 2005, le pangasius représentait 14 % de toutes les notifications d'ordre sanitaire (substances indésirables, présence de bactéries...) qui ont concerné les poissons, celles-ci ne représentaient plus que 6 % au premier semestre 2006. Tout lot non conforme est systématiquement retiré du marché.


Citation:
47 :47 (partie 1) « Eau boueuse où vit un poisson dont on vend les filets dans le monde entier »

Cette précision sur la turbidité de l'eau est récurrente, puisqu'elle revient à plusieurs reprises au cours du reportage. Pourquoi tant insister sur ce paramètre ? Les « sales eaux du Mékong » étaient déjà un argument spécieux des pisciculteurs de catfish américain, un poisson concurrent du panga, pour tenter de bloquer, ou au moins de freiner, les importations de pangasius aux Etats-Unis ( voir la réponse du gouvernement vietnamien à ces accusations ). En tout état de cause, les réactions de certains téléspectateurs sur Internet montrent que la coloration de l'eau a été retenue comme un indicateur de pollution. Pourtant, il convient de rappeler ici qu'une eau trouble comme celle du Mékong qui charrie des alluvions peut être parfaitement potable après décantation, alors qu'une eau cristalline peut être sévèrement contaminée.


Lionel Dabbadie et Jérôme Lazard :
Le reportage de M6 se présente comme un travail journalistique ayant vocation à mieux informer les téléspectateurs. Il est donc paradoxal de constater que la description qui est faite de la pisciculture du pangasius est le plus souvent fausse et systématiquement négative. Pas une seule fois les aspects positifs de la filière ne sont présentés. Est-ce un choix délibéré ? Après tout, le journalisme engagé est respectable, dès lors qu'il s'affiche en tant que tel et que le téléspectateur en a conscience. Hélas, parler de journalisme engagé à propos de cette émission relèverait de la farce, puisque non seulement les vraies questions qui dérangent ne sont pas posées, mais qu'en plus les séquences diffusées privilégient systématiquement le sensationnalisme et la scatologie à la sobriété, l'insinuation ambiguë à l'affirmation claire, et le risque fantasmé au risque réel.

Il existe dans les médias un certain nombre d'émissions de spectacle télévisuel qui font commerce des peurs du public. Sans tomber dans le moralisme, peut-on, au nom du divertissement, oublier toute éthique, et notamment le fait que ceux qui se voient dénoncés en place publique sont en premier lieu les dizaines de milliers d'hommes et de femmes pauvres qui vivent mieux depuis le boom du pangasius mais dont la situation n'est certainement pas aussi enviable que celle du milliardaire filmé avec condescendance. Après les crises qui ont frappé nos pays, les pouvoirs publics européens ont mis en place des procédures très lourdes et parfois handicapantes pour les producteurs, notamment les plus défavorisés, que ce soit en Europe ou dans les pays pauvres, à seule fin de garantir un très haut niveau de sûreté des aliments aux consommateurs européens. Dans ce contexte, le visionnage de l'émission laisse un sentiment de malaise, tant le dénigrement apparaît profondément injuste et de peu de respect vis-à-vis de producteurs qui se sont sacrifiés pour parvenir à se conformer à nos exigences. Il n'est pas question ici de défendre des producteurs vietnamiens, ni même français ou européens, mais de revendiquer le respect dû au travail d'agriculteurs confrontés à une dénonciation injustement dégradante.

La critique est souvent constructive et respectable, le dénigrement, jamais .

 

 

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